Lancement du Mémorandum économique de la Banque mondiale

Monsieur le Ministre

Mme la Directrice de la Banque Mondiale pour le Maghreb,

MR Chauffour

MR Shanta Devarajan

MR OUALALOU

Mesdames et messieurs,

 

Permettez-moi, avant toute chose, de féliciter la Banque Mondiale et particulièrement son équipe pour le travail dense et complet qui a été entrepris en vue de la réalisation de ce mémorandum pays qui nous projette dans les 20 prochaines années en essayant de tracer les voies de l’émergence économique.

Il est important pour un pays de faire régulièrement un arrêt sur image pour mieux appréhender son futur. En ce sens, ce mémorandum, tout comme le rapport sur le cinquantenaire de l’après-indépendance, ou encore celui qui sera prochainement rendu public sur la Richesse Globale du Maroc, mettent en avant la nécessité de faire du capital immatériel, le socle du progrès économique et social de demain. 

Dans le mémorandum de la Banque Mondiale quelques constats nous interpellent fortement :

  • Si notre modèle économique n'est pas inclusif la croissance future ira en décélérant ;
  • Et pour franchir un nouveau palier de croissance l'investissement ne suffit plus. Il faut à la fois profiter de l’aubaine démographique en augmentant le taux d’emploi et améliorer notre productivité ;
  • Le taux de chômage chez les diplômés de l’enseignement supérieur est de 22% ;
  •  A peine 8% des jeunes qui ont aujourd'hui 20 ans bénéficieront d'une formation qui leur permettra de s'insérer dans la vie professionnelle !

 

Nous sommes là, face à un double défi : Faire de la croissance pour intégrer ces milliers de jeunes dans le monde du travail et faire de ces jeunes un des moteurs de la croissance, car, aujourd'hui, moins de la moitié des 25-35 ans participent à la création de richesse !

 

Il convient alors de se poser LA bonne question : quels sont les acteurs économiques qui créeront ce surplus de richesse et de productivité et qui offriront suffisamment d’opportunités d’emplois ?  Et bien ce sont les entreprises.

 

Pour cela, les nouveaux métiers mondiaux ne suffisent pas ! il faut également renforcer le tissu des TPE et PME industrielles existantes et encourager l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises, créant plus de valeur ajoutée locale et d'emplois. Ce mémorandum illustre d'ailleurs de manière significative cet enjeu quand analyse la situation actuelle comme, et ce je cite une «reconfiguration industrielle plutôt que d’une véritable ré-industrialisation».

 

Mesdames et messieurs,

 

Au cours des 5 dernières années, la CGEM n’a cessé de militer pour la ré-industrialisation effective du tissu productif et la résolution des contraintes qui pèsent sur les entreprises, à travers nos études et nos propositions faites au gouvernement et au Parlement.

Nous constatons que plusieurs de ces propositions figurent dans le mémorandum de la Banque Mondiale.

Pour créer de la croissance inclusive et forte, basée sur une meilleure productivité et des emplois pérennes, nous préconisons d’actionner 4 leviers :

 

1.    Le premier levier est celui de la compétitivité des entreprises :

-      Etre compétitif suppose de lutter contre les surcoûts subis par nos entreprises en matière de foncier industriel, de coût de l’énergie, de fiscalité et de besoin en fonds de roulement que créent les retards de paiement.

Les retards de paiement constituent aujourd’hui un frein significatif au développement des entreprises. Comme le disait Sa Majesté le Roi Mohammed VI, au Parlement, en octobre dernier et je cite "Il est inconcevable que l’Administration ne rembourse même pas les dettes qu’elle a contractées auprès des petites et moyennes entreprises, alors qu’elle est censée les soutenir" fin de citation.

Par exemple, le BTP, l'immobilier et le commerce sont les secteurs plus affectés à l'heure actuelle par cette situation,  alors qu'ils ont créé 2/3 des emplois au Maroc au cours des 12 dernières années ! Continueront-ils à recruter alors qu'ils n'arrivent même plus à payer les salaires de ceux qu'ils emploient déjà ?!

 

  • Etre compétitif aussi c’est aussi travailler dans un environnement où les règles de concurrence loyale sont respectées. Or, l’informel, la contrebande et la sous-facturation ont atteint aujourd'hui 22% du PIB.  Ils sont en train de détruire le tissu économique organisé, qui offre des emplois décents et et pérennes. Nous sommes en train de finaliser une étude sur la question et nous appelons à une mobilisation Responsable du gouvernement sur ce sujet.
  • Etre compétitif c’est également, avoir des procédures administratives simplifiées et une administration au service des entreprises. "Des guichets, comme l'a appelé Sa Majesté, et je cite qui leurs viennent en aide en leur présentant une liste de solutions plutôt  que de leur compliquer les choses en les astreignant à une série de restrictions et de contraintes" fin de citation.
  •  Etre compétitif, c’est encourager les gains de productivité pour les entreprises grâce à la formation continue et la recherche. Nos entreprises paient 2 milliards de DH de taxe sur la formation professionnelle chaque année et seules 1.000 d'entre elles arrivent à former leurs salariés. Ceci se passe de commentaires

De même, la mise en place d’un crédit impôt-recherche, maintes fois proposée par la CGEM n'est pas un luxe ! Elle permettrait de créer cette dynamique d’innovation qui nous manque. Aujourd’hui, nous enregistrons à peine 300 brevets par an dont 50 seulement déposés par les entreprises.

 -    Enfin, être compétitif, c’est améliorer le climat social au sein de nos entreprises par la réglementation du Droit de grève et la réforme du Code du travail qui a aujourd’hui 13 ans. Là encore, la CGEM, a émis des propositions contrites au niveau de l’Exécutif et avait mené (en son temps) disposer un projet de loi auprès du législatif.

 

 

2.    Le deuxième levier est le renforcement de nos parts sur le marché local

-      La demande intérieure continue d’être le moteur de l’économie en absorbant 60% de l’offre ; et l’Etat reste le plus gros investisseur. Or c’est aujourd’hui SUR notre marché local que nous devenons vulnérables.

-      Au-delà des distorsions de compétitivité créées par la concurrence déloyale et les surcoûts induits, Il convient de poser la question de l’efficience et de la portée économique et sociale de la commande publique qui atteint 18% du PIB :

 

  • Combien chaque dirham investi créé-t-il d’emplois ?
  • Quels effets induits sur la compétitivité et la productivité des entreprises ?
  • Quelle est la valeur ajoutée produite localement ?
  • Comment en faire profiter plus l’entreprise marocaine ?

 

Aujourd’hui nous avons besoin d’une vision pour la commande publique qui doit parfaitement s’articuler avec les stratégies sectorielles pour servir le développement économique et social.

 

3.     Le troisième levier est l’internationalisation de nos entreprises pour trouver des relais de croissance

  •   Le Maroc réalise 70% de ses échanges avec l’Union Européenne et seulement 6% avec l’Afrique, où un réel potentiel existe.  
  •  Dans le même temps, nous avons seulement 6 300 entreprises qui exportent 2 100 produits. En comparaison, le Chili compte 6 300 exportateurs qui vendent 2700 produits.
  • Au-delà de l’encouragement de l’entreprenariat productif recommandé par la Banque mondiale, nous pensons que le Maroc devrait professionnaliser son approche en ciblant différemment les pays où des opportunités d’investissement existent et ceux où nous pouvons exporter. L’entreprise a besoin d'intelligence économique pour prendre des décisions, elle a besoin d'interlocuteurs informés ET outillés !
  • Il y a également la nécessité de mettre en application les accords de non double imposition. Le Maroc est signataire de 72 accords, mais combien sont réellement effectifs et bien seulement 53.

 

4.    Enfin, le quatrième levier est celui des investissements directs étrangers (IDE)

Si le Maroc est bien positionné aujourd’hui en étant 2e destination en Afrique, il n’en demeure pas moins que nous pouvons et devons améliorer notre positionnement en tant que véritable hub pour l’investissement, d’autant plus que nous sommes signataires d’accords de libre-échange de 55.

Nous devons, donc, avoir une démarche, plus ciblée et moins générique dans la promotion du Maroc. Une banque de projets serait à notre sens un excellent outil à proposer aux investisseurs.

 

Mesdames et messieurs,

Au delà de ces leviers que nous avons identifiés et des recommandations de la Banque mondiale, l’enjeu majeur est de créer une "positive disruption" comme disent les anglo-saxons. (ou comme dit Mme la DG changement de programme).

Une rupture, pour faire émerger Un nouveau Maroc, et nous avons tous la responsabilité d’y contribuer. Nous avons donc besoin :

 

  •   D’une bonne gouvernance des politiques publiques
  •   D’une administration au service de l’entreprise et de l’entrepreneuriat
  •   De la transparence et l’équité dans les conditions de marché
  •   D’une politique d’inclusion des femmes et des jeunes dans le développement économique
  •   D’un véritable nouveau contrat social en matière d’éducation et de relations de travail
  •   Et…, enfin d’un modèle économique basé sur l’innovation et la recherche

 

Je finirai mon propos en insistant sur le fait que notre réussite à tous, résidera autant dans la conviction avec laquelle nous appréhenderons notre futur que dans les recettes techniques que nous serons amenés à employer.

Le changement, la transformation, doivent avant tout, Etre immatériels : Ce sont nos mentalités et notre état d’esprit collectif qui impulseront cette rupture.

 

Je vous remercie