Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président de l’ordre des experts comptable

Madame la Présidente de la Fédération panafricaine des experts-comptables

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi, de féliciter et remercier les organisateurs de cette 8ème édition du congrès de l’Ordre des experts comptables pour l’ouverture de leur congrès sur le monde de l’économie et l’entreprise, marocaine et Africaine de manière générale.

La thématique de ce forum nous interpelle tous. L’Afrique avec ses 1,1 milliards d’habitants représente sans doute le marché le plus attractif du 21èmesiècle, aussi bien en tant que marché de consommation qu’en opportunités d’affaires :  

–          En 2013, la classe moyenne en Afrique représentait plus de 375 millions d’individus, soit 34 % de la population. À l’horizon 2030, cette classe moyenne devrait compter plus d’un demi-milliard.  

–          L’Afrique connaît une croissance soutenue et un rythme de progression de ses économies supérieur de 1.3 points de BIP par rapport à la moyenne mondiale ;

–          10 des pays qui connaîtront la croissance la plus forte en 2015 sont des pays africains.

A priori, tout va bien. Toutefois, et au-delà de la croissance naturelle, induite par le rattrapage en matière de progrès, il convient de se poser quelques questions :

–          Cette croissance sera-t-elle pérenne dans 10 ans ou 20 ans ?

–          Cette croissance profitera-t-elle plus aux entreprises africaines et particulièrement les PME et les TPME ?

C’est, LÀ, tout l’intérêt de notre débat. L’Afrique ne doit pas faire de la croissance, malgré elle, mais doit être le moteur de son propre progrès à travers le dynamisme de ses entrepreneurs.

En d’autres termes, il nous faudra faire de la croissance durable et surtout inclusive.

Pour ce faire, il n’y a pas de secrets : l’Afrique doit travailler sa compétitivité. Aujourd’hui, en analysant les performances des 54 pays africains, l’on se rend compte que la croissance est tirée par les investissements en infrastructures économiques et sociales, l’exploitation des ressources naturelles, l’agriculture, les importations et quelques exploits en matière d’industrie, mais qui ne servent pas encore assez de locomotive.

 

L’Afrique dispose de quelques des poches de compétitivité mais n’a pas de bassin régionaux de compétitivité, ni de dynamique création de chaîne de valeur entre grandes entreprises qui opèrent à l’échelle régionale ou internationale et les PME qui alimentent un marché local pourtant demandeur. L’Afrique, Mesdames, Messieurs, n’a pas, non plus suffisamment d’assise industrielle.

 

Cette situation rend notre continent vulnérable aux chocs externes, tels que la baisse du coût des matières premières ou la réduction de la croissance dans les pays développés, qui obère l’apport en capitaux et limite le transfert de technologie. L’Afrique produit ce qu’elle ne consomme pas et consomme ce qu’elle ne produit pas.

 

C’est cette dépendance qu’il faut atténuer. Si l’Afrique veut tirer profit du gisement de croissance qui s’offre à elle, elle doit devenir compétitive et faire jouer les complémentarités régionales et les synergies qui s’offrent à ses entreprises. Il faut créer les conditions d’un marché local ou régional, alimenté par les entreprises locales, parallèlement à la recherche de marché d’exportation.

 

Dans un rapport, publié en juin dernier, la Banque mondiale, la Banque Africaine de développement et le World Economic Forum, mettaient l’accent sur « la faiblesse persistante des moteurs de base de la compétitivité, comme les Institutions, les infrastructures et l’éducation ». Et l’entrepreneur que je suis ajouterait à cela : le manque de protection des investisseurs en matière de foncier, la faiblesse de l’arsenal juridique et le coût prohibitif du commerce.

A cet effet, permettez-moi de partager avec vous quelques chiffres révélateurs :

–          A peine 42.8 des élèves qui doivent être au collège sont scolarisés, contre une moyenne mondiale de 75.2% ;

–          La proportion d’utilisateurs d’internet en Afrique est de 19.2%, contre une moyenne mondiale de 40.7% ;

–          2 points de croissance sont perdus chaque année en raison des pénuries d’électricité en Afrique ;

–          le coût de l’exportation des biens à partir de l’Afrique subsaharienne s’élève à près de 2 000 dollars par conteneur, contre à peine plus de 700 dollars dans les pays asiatiques ;

–          Un conteneur met plus de temps pour aller de Mombasa à Kigali que de Tokyo à Mombasa ;

–        Enfin, les coûts de transport et logistique représentent encore 20% du PIB africain, alors qu’ailleurs elle oscille entre 11 et 15%. Cette problématique fait d’ailleurs l’objet, en ce moment-même d’un forum à Rabat, auquel participent 26 pays africains.

Devant de tels constats l’Afrique doit donc mettre l’accent sur l’éducation de sa jeunesse, élargir l’accès au digital, réduire les barrières commerciales et renforcer son cadre réglementaire. Bien entendu, une part non négligeable de la compétitivité peut-être captée par le développement des infrastructures et la connectivité. Les besoins d’investissement en infrastructures en Afrique sont de 100 milliards de dollars par an alors qu’à peine la moitié est effectivement investie.

Ensuite, et au-delà de ces transformations institutionnelles et structurelles, l’Afrique doit capitaliser sur les atouts dont elle ne manque pas et qui sont aujourd’hui l’agriculture et les ressources naturelles, qui doit intégrer des chaînes de valeur ajoutée ; ainsi que les services, plus accessibles car peu capitalistiques, et qui fournissent de l’emploi à la jeunesse africaine.   

Mesdames, Messieurs,

Ce tableau serait incomplet si l’on n’y ajoutait pas la nécessité pour les économies africaines de faire jouer les synergies. Ces synergies peuvent s’exprimer de 2 manières : soit entre systèmes économiques ou blocs régionaux, soit à l’intérieur même de ces systèmes, en faisant jouer le maillage entre les Grandes Entreprises et les PME/TPME pour que ces dernières s’insèrent, en amont ou en aval, dans les chaînes de création de valeur et d’emplois.

Cette responsabilité, ce sont nos entreprises qui la portent et qui construiront les pôles de compétitivité industriels de demain.

A cet effet, la CGEM, représentant du secteur privé, accompagne nombre d’entreprises marocaines travaillant sur le continent et y investissant de manière durable, dans l’industrie, dans les infrastructures, dans les BTP, les télécoms, les services sociaux et dans la connectivité logistique.

Ce genre d’initiative est à répliquer à grande échelle et les entreprises africaines doivent aller les unes vers les autres. La CGEM et le Ministère des Affaires Etrangères, conformément à la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI – que Dieu l’Assiste- ont créé, en mai dernier, les premiers groupes d’impulsion économique Africains : Maroc-Sénégal et Maroc-Côte D’ivoire. Ces GIE se veulent comme des instruments au service des entreprises pour résoudre les blocages administratifs dont elles pâtissent et créer une accélération de la dynamique d’investissements.

Pour terminer, je ferais un clin d’œil à nos hôtes et partenaires, les Experts Comptables, qui mettent de l’ordre dans les rouages des économies du Continent. Ils ont un rôle majeur à jouer dans l’évolution de l’Entreprise Africaine. Car bien plus qu’un certificateur de comptes ou un auditeur, l’expert-comptable est aujourd’hui un véritable conseiller stratégique, qui aide les entrepreneurs à structurer et prioriser leurs actions, à améliorer leurs process et à faire les bons choix. Quitte à les rappeler à l’ordre de temps en temps. 

En cela, nous les remercions et les invitons à se mobiliser, avec nous pour cette dynamique que l’Afrique doit créer… POUR l’Afrique.

Je vous remercie de votre attention.

Partager
Voir plus